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Vous êtes responsable du Contrôle de Gestion
Central, expliquez moi en quoi consiste votre mission.
Le contrôle de Gestion, c’est mesurer : mesurer le
passé (d’où je viens), mesurer le présent
(où je suis), et donner une projection (où je vais). La
projection est essentielle car elle permet de savoir si nous
disposons des moyens pour atteindre les objectifs fixés par le
Plan Stratégique de l’entreprise par quels chemins nous
pouvons atteindre ces objectifs.
Le contrôle de gestion élabore la vision prospective de
l’entreprise en traduisant en chiffres les hypothèses
formulées par les entités opérationnelles et en
donnant les moyens à ces entités de disposer d’une
visibilité précise sur le passé, le présent
et l’avenir.
Je suppose que l’établissement des projections est
un exercice difficile, comment procédez-vous ?
Utilisez-vous des modèles statistiques ?
Les Tableaux De Bord à destination des entités
opérationnelles se doivent d’être simples,
compréhensibles par tous et parfaitement expliqués. Si
ces trois conditions ne sont pas remplies, ils ne sont pas
pleinement utilisés par leurs destinataires pour le pilotage
de leur activité. Pour cette raison, nous avons choisi de ne
pas introduire de modèles statistiques pour établir les
projections. Les projections sont donc établies en reportant
les écarts constatés sur le résultat à
fin d’année, en prenant en compte les dernières
tendances exprimées ou les dernières orientations
connues.
L’introduction d’un modèle statistique complexe
pour établir des projections est donc réservée à
l’usage interne du contrôle de gestion central. Ce modèle
permet d’aboutir à une vision prospective plus précise
servant à la validation des projections effectuées à
l’aide de la première méthode.
En conclusion, nous préférons donner aux entités
opérationnelles une vision prospective moins précise
mais plus facilement compréhensible par elles.
Dès lors qu’un écart est constaté
par rapport aux prévisions, comment procédez-vous ?
Nous utilisons les Tableaux De Bord pour partager les informations
avec les différentes entités opérationnelles et
ensuite les assistons pour traduire en chiffres les différentes
options qui s’offrent à elles. Pour obtenir un résultat,
les trois leviers sont la production, la marge et les charges.
Lorsque l’on parle de Tableaux De Bord, on pense à des
tableaux constitués d’un ensemble de chiffres. Toutefois
dans son acception la plus large, un Tableau De Bord est un reporting
permettant de piloter l’activité. A ce titre, la place
des commentaires et préconisations est d’une importance
capitale dans leur constitution.
L’adoption des Tableaux De Bord par les différentes
entités ne semble pas être une chose aisée,
quelles en sont les raisons ?
La première raison est culturelle : dans une entreprise
qui n’a jamais connu de difficultés et qui a un résultat
qui progresse régulièrement, la nécessité
de mettre l’activité sous contrôle n’apparaît
pas comme une évidence.
La seconde raison est la cohérence des indicateurs. A
réception d’un Tableau De Bord, le premier réflexe
du destinataire est de vérifier les chiffres produits. Chacun
ayant sa propre représentation des indicateurs, les chiffres
produits sont inévitablement différents même en
utilisant des référentiels sources identiques. A titre
d’exemple, une notion clé telle que l’encours peut
prendre différentes valeurs selon la définition et le
périmètre associés.
Comment avez-vous résolu cette problématique de
cohérence des indicateurs ?
Nous avons lancé un chantier « Dictionnaire de
données ».
Ce chantier a permis de faire le bilan suivant :
Les données présentes dans le système
d’information sont justes
Tout le monde a accès à ces données via les
outils mis à disposition de l’entreprise
Chacun sort ses chiffres avec ses
requêtes sur des référentiels différents
(infocentre, bases métiers dédiées,
comptabilité, …)
Le chantier Dictionnaire de données a donc travaillé à
définir précisément comment un indicateur était
constitué. Désormais, tout le monde partage les mêmes
définitions qui donnent la signification très précise
de l’indicateur, son mode de calcul et quelles sont les données
qui le composent (pour chaque donnée, la source est précisée).
Ce travail, en cours de finalisation avec toutes les entités
concernées, a permis de passer d’un mode où
chacun se sentait propriétaire exclusif de ses données,
à un mode où chacun partage des données qui sont
la propriété de l’entreprise. Les vertus induites
sont évidemment le partage, la cohésion et la
transversalité. Ce chantier a permis d’installer un
véritable contrat de confiance entre le contrôle de
gestion et les entités opérationnelles.
Avant cette mise en cohérence, si des différences
existaient, en quoi cela perturbait le pilotage ?
D’un point de vue objectif, les écarts constatés
étaient très souvent non significatifs. Toutefois dès
lors qu’il y a un écart, il n’y a pas confiance
dans les chiffres produits. Le travail se concentre alors sur la
justification des écarts et non sur la vision prospective.
Depuis que tout le monde partage les mêmes définitions,
la lecture des Tableaux De Bord permet de passer directement à
la prospective et à l’action : c’est bien la
vocation des Tableaux De Bord de donner tous les éléments
d’éclairage permettant de prendre les décisions
rapidement avec le maximum d’éléments concrets.
Le dictionnaire de données était l’un des
chantiers du projet Tableaux De Bord, quels étaient les autres
chantiers ?
Le projet Tableaux De Bord a traité trois sujets :
Le dictionnaire de données dont nous venons de parler.
La rentabilité : produire des indicateurs permettant de
donner des éléments factuels de rentabilité sur
un projet, un marché ou un partenariat. Ceci introduit une
vision par ROI pour les projets, et une approche par Business Unit
pour les marchés et partenariats.
Le Tableau de Bord Idéal : mettre en place un réseau
de Tableaux De Bord permettant d’assurer une hiérarchie
dans les Tableaux De Bord. A la manière des poupées
russes, les Tableaux de Bord s‘emboîtent les uns dans
les autres, les tableaux de bord de niveau supérieur étant
alimentés par la synthèse du niveau inférieur.
Dans une approche Business Unit, la répartition des
charges est souvent une difficulté, comment avez-vous abordé
ce point ?
Effectivement, l’ensemble des charges doit être réparti
sur les différentes Business Unit.
L’enjeu est de diminuer fortement la part des charges réparties
selon des clés de répartition au profit des charges
affectées directement. Ceci est un élément
déterminant pour donner une vision réelle de la
contribution de chaque Business Unit au résultat de
l’entreprise.
Une fois définis, les Tableaux De Bord doivent-ils être
adaptés au fil du temps ?
La constitution d’un Tableau De Bord est un travail de
créatifs. La création, l’adaptation et le
renouvellement des Tableaux De Bord nécessitent une forte
créativité pour déterminer les bons indicateurs
et pour s’adapter en permanence aux besoins changeant de
l’entreprise.
En fait le paradoxe auquel est confronté le créateur de
Tableaux De Bord, est de faire preuve de créativité
tout en assurant la continuité. Il faut faire évoluer
sans déstabiliser le destinataire.
La créativité intervient également fortement
dans le choix de la forme utilisée pour la restitution des
indicateurs. Typiquement, nous avons utilisé une
représentation de type « radar » pour
comparer les performances des entités opérationnelles.
Cette représentation permet à chaque entité de
visualiser, sur cinq indicateurs, sa performance par rapport à
un benchmark. Là encore, le tableau de bord est un outil
indispensable d’aide à l’amélioration de la
performance.
Pour vos Tableaux De Bord, êtes-vous plutôt dans
une logique de diffusion large ou dans une logique de diffusion
ciblée?
Les Tableaux De Bord sont diffusés de manière très
ciblée. A chaque usage doit correspondre le bon Tableau De
Bord avec les informations utiles pour le destinataire et uniquement
les informations utiles.
Actuellement, vous ne disposez pas de Datawarehouse. Pensez-vous
que ce soit une nécessité absolue et quels seraient les
atouts d’un tel outil ?
Notre première priorité était d’obtenir
des chiffres fiables et incontestables. Cet objectif a été
atteint au travers du chantier Dictionnaire de Données.
Ceci a permis d’établir un contrat de confiance entre le
Contrôle de Gestion et les entités opérationnelles.
De mon point de vue, la mise en place d’un Datawarehouse bien
que souhaitable n’est pas absolument nécessaire.
Son principal atout, en dehors de la facilité à
construire les Tableaux De Bord, est de fédérer
l’ensemble de l’entreprise autour de données
partagées par tous. Le fait de mettre à disposition des
données dans un Datawarehouse permet d’atténuer
considérablement la notion d’appartenance de la donnée.
La question ne se pose plus de savoir si telle donnée est
issue du Système d’information central, marketing,
comptable, ….
Tout comme le dictionnaire des données, le Datawarehouse est
un élément participant au contrat de confiance et de ce
fait facilite le passage à l’action.
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