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Bonjour
Monsieur, vous êtes le Directeur Administratif et Financier
d’une société d’Ingénierie
Automobile, filiale d’un groupe étranger.
Votre fonction financière
est-elle un accélérateur de l’utilisation d’un
Tableau de Bord ?
Oui,
clairement oui, parce que les finances sont essentiellement des
choses que l’on peut chiffrer. La finance est un accélérateur
de l'usage des tableaux de bord
De façon plus précise,
qu’attendez-vous d'un tableau de bord ?
Deux
choses :
1) une
vue générale, quelque chose qui est un peu répétitif,
où l’on est, où l’on va.
2) une
analyse plus particulière qui n'est pas systématiquement
la même ; tous les mois ce n'est pas forcément le
même sujet sur lequel il y a un zoom à effectuer, pour
avoir une vue détaillée qui permette de comprendre ou
cela ne va pas et pourquoi cela ne va pas.
Comment
faites-vous pour identifier les points à détailler dans
la mesure ils n’apparaissaient pas auparavant ?
A partir
de la situation générale avec une approche budgétaire,
quand on regarde l’écart budgétaire on détecte
le point à détailler pour expliquer cet écart
voire, aller jusqu’à des idées de solutions pour
expliquer cet écart.
Quand vous parlez de budget,
parlez-vous de budget de votre direction ou transverse à
l’entreprise ?
Transversal
à l’entreprise, bien entendu, comme tout responsable
d'un secteur je dispose de tableaux de bord de mon secteur, mais
avant tout j'attends des tableaux de bord qu’ils voient les
sujets transverses à l’entreprise, le chiffre
d'affaires, le résultat, les heures pointées sur
projets, tous les éléments qui sont transversaux à
l'entreprise
Dans ce cas existe il un tableau
de bord plutôt stratégique donc transverse par rapport à
votre direction qui est plutôt verticale et plutôt
opérationnelle ?
1) nous
sommes dans une entreprise d’un groupe étranger qui
accorde beaucoup d'importance aux aspects purement financiers, bilan
trésorerie, compte de résultat, donc le pilotage
stratégique se fait avant tout par ce biais là.
2)
nous avons mis en place un tableau de bord qui n'est pas un tableau
de bord chiffré mais qui correspond à un certain nombre
d'actions ou de résultats commerciaux planifiés tout au
long de l’année et est suivi tous les deux mois environ,
c'est un planning de pilotage stratégique qui concerne les RH,
le montage des filiales.
Dans le cadre du travail avec les
sous-traitants comment réalisez-vous l'alignement d'un point
de vue de pilotage de tableau de bord ?
Pour
notre entreprise, les tiers sont essentiellement des fournisseurs de
prestations intellectuelles ; donc on suit l'avancement de leurs
travaux essentiellement sous l'angle avancement du temps, ce n'est
pas une problématique pour nous actuellement.
Pour mieux comprendre, peut-on
revenir sur la nature des travaux sous-traités ?
Le
développement est notre cœur de métier, on a une
certaine charge de travail à réaliser avec deux moyens
différents, soit avec nos effectifs internes, soit, si l'on a
un problème de charge, avec de la sous-traitance.
La
prestation intellectuelle de la sous-traitance est une réponse
essentiellement de nature d'organisation de la charge de travail,
optimisation du plan de charge, plus qu'une réponse de type
absence de compétences. Le poste de travail, avec du
développement sous Catia est assez standardisé, et les
ressources se trouvent assez facilement.
Dans ce métier la notion de
délai semble assez importante ?
La notion
de délai est assez importante.
Dans le cadre du suivi de
l'amélioration de la gestion du délai sur le coeur de
métier, quels indicateurs avez-vous mis en place ou
continuez-vous de mettre en place ?
Sur le
coeur de métier, ce qu'on a avant tout, c'est le planning, son
respect par rapport aux travaux rendus aux clients. C'est
l'indicateur majeur orienté client. A côté de
cela, en interne, nous avons des plans de charge, des disponibilités
de compétences qui permettent d'agir et d'être proactif.
En termes de méthodes,
avez-vous une technique particulière ou un outil particulier
pour créer et suivre les tableaux de bord ?
Aujourd'hui
c’est 100 % Excel®. Nous sommes dans une phase
où nous restructurons l'entreprise, les tableaux de bord ne
sont pas rigoureusement ceux d’il y a six mois, il y a six mois
ils répondaient à une certaine problématique,
aujourd'hui on se cherche un peu de ce point de vue là, en
utilisant des systèmes très souples, à base de
Microsoft Office®.
D'accord, et comment adaptez-vous
la stratégie des tableaux de bord face à l'accélération
du changement ?
Notre
changement a beaucoup accéléré ces derniers
mois, en terme de taille d'entreprise, en terme d'actionnaire, en
terme de métier. Aujourd'hui face aux changements fréquents
et au côté start-up de notre société,
notre réponse est une grande souplesse des tableaux de bord
construits et présentés à partir de la suite de
Microsoft Office®.
Vous êtes donc plutôt
dans un contexte d'évolution à petits pas, plutôt
que dans un contexte de rupture ?
La
rupture nous l'avons effectuée en septembre 2003 en changeant
d'actionnaire et en adaptant un certain nombre de tableaux de bord au
nouvel actionnaire, maintenant nous sommes dans une logique de petits
pas, de Kaizen, plutôt que de grande rupture.
Est-ce que cet avancement à
petits pas ne génère pas un certain flou dans la
situation ?
Non,
l'avancement à petits pas ne se fait pas au détriment
de la force.
Initialement
par exemple on ne présentait que le compte de résultat,
maintenant nous présentons le compte de résultat, le
chiffre d'affaires, une analyse de trésorerie et le bilan.
Donc les fondamentaux existent, nous sommes dans la phase où
nous avons un tronc commun, nous ajoutons des branches, on ne revient
pas sur tel ou tel document.
Ce qui
pourrait arriver c’est que dans un an, nous arrivions à
un système qui à force de petits pas, donnerait à
visionner un tableau de bord de 40 pages et donc illisible. Il faudra
donc que je veille à ce qu’il ne s’alourdisse pas.
Chaque
page correspond à une question pertinente et utile pour
l'entreprise.
La sur information n'est-elle pas
contraire à la synthèse d'un tableau de bord ?
La sur
information est effectivement tout à fait contraire à
la synthèse, et mon rôle est de veiller à ne pas
se retrouver en sur information, savoir dégager l’essentiel
de l'accessoire.
Dans le cadre de la construction
du tableau de bord à petits pas, le risque n'est-il pas de se
retrouver avec un tableau de bord non cohérent ?
Aujourd'hui
on ne s’est pas retrouvé dans ce cas-là, au
contraire on a contracté le délai de création de
l'information.
Il y a
six mois, nous sortions le tableau de bord de M à M + 4
semaines; aujourd'hui il sort à M + 1,5 semaine,
essentiellement en formalisant la méthode et l'information
nécessaire de ceux qui devaient les produire, et en nommant
quelqu'un qui relançait les gens quels que soient les niveaux
hiérarchiques.
Nous allons passer au domaine du
management et des RH, dans votre activité d'ingénierie,
l'état d'esprit de vos collaborateurs est assez déterminant
dans l’atteinte des objectifs ?
Oui
effectivement, c'est notre matière première.
Avez-vous mis en place des
indicateurs qui permettent d'apprécier cet état
d'esprit ? Par état d'esprit j'entends des choses
mesurables comme l’absentéisme, mais également
des choses moins mesurables comme la motivation, l'implication, la
coopération.
Pour
l'absentéisme nous avons des chiffres, pour le reste, nous
n'avons rien.
D'accord, est-ce que vous comptez
profiter des missions confiées aux collaborateurs, des
entretiens annuels, pour mettre en place un système de mesure
pour déterminer l'état d'esprit des troupes au sens
large ?
Si nous
le faisons, nous ne le ferons pas tout de suite, car nous avons une
problématique de start-up, avec un niveau de sous charge
important, et l'on sait très bien ce que remonterait ce type
d'indicateur aujourd’hui.
La mise
en place d'un indicateur de ce type serait très certainement
intéressante le jour où plus personne n'aura de doute
sur l'arrivée de contrats dans l’entreprise. À ce
moment-là, vérifier une amélioration de l'état
d'esprit des collaborateurs sera intéressante.
Aujourd'hui, un tableau de bord de ce type risquerait de faire un peu
mauvaise réponse à un vrai problème.
Cela
pourrait être interprété comme une mauvaise
réponse à un vrai problème, car les gens
attendent une solution et non une mesure, et comme on apporterait une
mesure et non une solution, on risquerait le rejet de l’indicateur.
Commençons par mettre les choses dans l’ordre. Les
tensions liées à la surcharge d'activité ne sont
pas l'ordre du jour aujourd'hui.
Autre sujet, le capital
immatériel, est-ce que vous évaluez votre capital
immatériel ? Quel est votre capital immatériel
dans l'entreprise ?
Par capital immatériel
j’entends la clientèle, les hommes, les fournisseurs,
les risques et opportunités, des choses de ce type là.
Alors le
capital immatériel, on ne le chiffre pas au sens matériel,
c'est-à-dire argent, par contre, pour nous, le capital
immatériel numéro un, c'est les hommes.
Et pensez-vous dans ce cas qu’il
est nécessaire de quantifier ou de qualifier ces biens ainsi
que l'immatériel ?
Qualifier,
oui, on le fait, par l'intermédiaire de la politique RH, des
entretiens individuels. Quantifier, non, on ne va pas le quantifier
au sens de la déformation du directeur financier pour qui
quantification égale transformation en valeur numéraire.
Aujourd'hui,
on ne quantifie pas la valeur des experts, des dessinateurs en CAO.
Et est-ce qu'il est nécessaire de le quantifier ?
Aujourd'hui, non. Nous le ferions si nous étions dans une
logique d'entrée en bourse, dans une logique de valorisation
de notre fond de commerce. Notre actionnaire ne veut pas nous vendre,
donc un chiffrage n’a pas lieu d'être actuellement.
Les
hommes étaient cités en premier et en deuxième ?
Pour
nous, ce sont les hommes et leur compétence, je ne sépare
pas les deux.
La valeur de la marque, est-ce que
c'est important pour vous ?
Oui bien
sûr la marque c'est important, mais la marque sans les hommes
c'est zéro, les hommes sans la marque ça vaut quelque
chose.
Nous
sommes sur un marché où les gens et l'information
passent vite, où le nombre de clients potentiels est très
limité, donc c'est facile de faire comprendre à tel ou
tel client, qu'il n'y a pas forcément que la marque, mais
qu'il a les mêmes gens à disposition et il oubliera
alors rapidement la marque.
Dans votre métier, on voit
souvent dans la presse et sur les salons le nom de l’entreprise,
est-ce que ce nom-là n’est pas valorisé ou
valorisant ?
Le nom
est valorisant pour embaucher jeunes ingénieurs, donc quelque
part sa valeur permet de baisser le coût d’obtention de
nouvelles compétences.
Dans votre entreprise, avez-vous
une idée de la proportion de valeur entre les biens matériels
et les biens immatériels ?
A la
limite, il faudrait reprendre l'opération de vente.
Simplement une proportion ?
Si l’on
regarde la valorisation telle qu'elle a été faite, les
biens immatériels représentent environ 30 %.
C'est assez paradoxal dans la
mesure où c'est une entreprise à fort pouvoir
intellectuel dans son métier de base ?
Le
paradoxe est que dans le lot, 70 % de la valeur est essentiellement
composée par un bâtiment de grande valeur en
Ile-de-France.
Pensez-vous que l'approche du
capital immatériel qui risque très certainement de se
développer dans les années à venir, va elle-même
être créatrice de valeur ? C'est-à-dire un
système de mesure de l'innovation, un système de mesure
des nouvelles compétences, des biens immatériels qui ne
sont pas mesurés aujourd'hui.
Oui,
parce que cela est vecteur de création, néanmoins dans
notre cas, c'est une valeur qui est éminemment volatile, à
partir du moment où ce sont les hommes, le capital humain, qui
représente le capital immatériel, et qu’en
France, on ne peut pas empêcher une personne de poser sa
démission.
Investir
dans la valeur du capital humain peut améliorer nos prix de
vente, notre capacité à mieux travailler, donc de la
valeur, par contre, à partir du moment où c'est très
volatile, sa prise en compte peut poser problème, car la
finance n'aime pas ce qui est éminemment volatile. Donc, s'il
y a de la valeur là-dessus, c'est une valeur qui doit créer
une valeur très importante pour l'actionnaire car assez liée
au fait que le risque, la pérennité de ce type de
capital peut être courte.
Dans la mesure où le
capital immatériel principal est représenté par
les hommes du coeur de métier, ne pensez-vous pas qu'il est
indispensable de mettre un système de mesure en place,
justement afin de mieux cibler les objectifs du personnel ?
Oui, cela
pourrait être utile, ceci dit, attention, dans une petite unité
comme la nôtre, il faudrait être sûr que le coût
de mise en place de ce type d'indicateurs génère une
amélioration supérieure au coût d'élaboration
et de mise en oeuvre de sa mesure. C'est-à-dire faire
attention à ce que l'indicateur ne coûte pas plus cher,
finalement, que le gain que l'on en attend.
Est-ce à dire que vous
voyez le projet tableau de bord comme un projet, qui de toute façon,
doit être rentable ?
A la base
il doit être rentable, le coût de production de
l'information, le coût d'élaboration du tableau de bord
doit être inférieur au gain, sachant que cela est très
difficile à mesurer. Mais le but, à chaque fois que
l'on mesure quelque chose, c'est d'avoir le coût de sa mesure à
fin d'être sûr de sa rentabilité.
Pour le pilotage de l'entreprise,
quel doit être le retour sur investissement d’un tableau
de bord décisionnel ?
Il faut
qu'il s'amortisse dans l'année.
C'est assez optimiste pour un
projet de pilotage transverse.
Pour
nousqui sommes dans un métier d’ingénierie,
l'horizon ne dépasse pas un an. Aujourd'hui, sans recul, un an
est le grand maximum que nous pouvons engager en retour sur
investissement. Après deux ans d'activité, la situation
sera peut-être différente.
Est-ce que cela veut dire que vous
corrélez l'existence de l'entreprise, c'est-à-dire le
passé à la vue prospective du tableau de bord qui est
plutôt la vue de l'avenir ?
Tant que
je n'ai pas beaucoup de recul sur le passé, j'ai moins
l'assurance que ce que je vais définir va être
définitif.
Donc
puisque que je n'ai pas suffisamment de connaissances sur le passé
pour faire quelque chose d'assurément définitif, je
suis obligé de considérer ce retour sur investissement
de façon courte.
Est-ce que cela veut dire dans ce
cas, qu'un tableau de bord pour vous c'est quelque chose qui existe
après un historique, c'est-à-dire une pérennité,
et non pas quelque chose qui fait partie d'une stratégie,
prospective, visionnaire et que, c’est cette vision-là
que l'on essaye de mesurer ?
Aujourd'hui
en a besoin de tableau de bord pour savoir où l'on va,
simplement la forme définitive peut varier.
Au début
il doit être assez simple pour être mis en place
rapidement, de faire du PPT. Après un peu d'expérience
sur le fonctionnement des tableaux de bord pour définir
réellement la cible de nos concurrents, de nos marchés,
de nos problèmes, on se proposera d'évoluer avec un
investissement longue durée qui visera très
certainement à ce moment-là un retour sur
investissement qui pourra être plus long.
Mais
aujourd'hui, à six mois du démarrage de l'entreprise,
nous sommes encore dans une logique très court terme, on se
doit d'avoir des instruments de pilotage, mais je ne peux pas
concevoir d'avoir des investissements à très long
terme, parce que je ne connais pas encore mon marché.
Comment pouvez être certain
de l’intégrité des données et des
informations qui participent aux tableaux de bords ?
Comme les
tableaux de bord sont essentiellement financiers, ils sont
systématiquement corrélés avec des informations
purement comptables, qui, deux fois par an sont audités par
des commissaires aux comptes, et qui, au travers de leur
responsabilité, disent ok, les comptes que je présente
sont bons. Quelque part, c’est un tiers légal qui me
donne cette assurance.
Est-ce que la vue de deux fois par
an est suffisante pour ne pas piloter sur des éléments
erronés ?
Deux fois
par an, c’est un peu comme l’étalonnage d’une
balance chez un marchand, le système de mesure n’a pas
produit d’aberration, la balance n’a pas dévié,
sinon tous les mois, il y a le tableau de bord, et tous les six mois
on vérifie qu’on est sur un bon système.
Oui, donc une orientation avec des
éléments financiers ?
Oui,
purement financiers.
Dernière question, croyez
vous aux tableaux de bord dynamiques, qui puisent la donnée,
la décision dans un océan de données qui
proviennent de toute part, y compris d’internet ?
Alors, il
y a deux réponses.
Est ce
que j’y crois pour nous aujourd’hui, non, on a un système
qui est encore trop simple pour en avoir besoin.
Est-ce
que j’y crois le jour où l’on a un système
complexe, avec énormément d’informations, et
qu’il faut aider à mâcher l’information,
oui. Quand l’on se retrouve avec un tableau de bord de 15 pages
de chiffres avec 15 chiffres par pages, il faut pouvoir en déduire
l’information la plus pertinente.
Un
manager dans une entreprise ne peut pas le faire, il faut plutôt
le sous-traiter à une machine si elle sait le faire, donc non
pour nous aujourd’hui, oui, peut-être demain, et oui
certainement aujourd’hui pour des systèmes dans des
entreprises qui manipulent une information extrêmement
volumineuse.
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