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Utilisez-vous
des tableaux de bord dans votre activité?
Oui,
mais il faut déjà définir ce que l’on
entend par tableau de bord.
Pour
moi le tableau de bord est quelque chose qui permet de réaliser
un suivi et un minimum de contrôle, il est synthétique
et généralement global. Cela s’oppose à
des contrôles de détail. Le tableau de bord ne permettra
pas de détecter une petite erreur mais va permettre de voir
globalement que quelque chose ne va pas ou que l’on n’est
pas dans les coûts par rapport à un objectif ou un
budget donné. De par notre activité, nous avons des
tableaux de bord qui se rapprochent assez fortement d’états
financiers comptables. C’est à dire que dans l’ensemble
des états financiers il y en a deux importants : le
compte de résultat (les produits et les charges) et le bilan,
(les dettes, les créances, etc. ). Tout ce qui relève
du compte résultat va servir de base à nos tableaux de
bord. Cela correspond à un suivi des charges et des produits.
Il y a
en premier lieu un tableau de bord général pour
l’entreprise, au niveau de l’entreprise, qui se décline
ensuite en interne en tableaux de bord par sociétés
puis par département (Direction Technique, Variétés,
Ressources Humaines, D.S.I., etc. ). Ce premier tableau de bord
décrit par société le suivi d’activité
produits et charges ainsi que le résultat opérationnel,
donc tout le résultat de la vie courante de l’entreprise
hors éléments financiers ( rémunération
des comptes bancaires et autres) et hors impôts.
Tout
découle d’une décomposition du tableau de bord
général ?
En fait
je conçois ça comme un système de poupées
russes. Il y a l'élément très général
qui part vers le groupe et puis ensuite j’éclate cet
élément en sous éléments, par sociétés
puisque le général est un consolidé sociétés,
puis par département. Mais à chaque moment on peut
faire le lien entre un indicateur pour un département ou une
société et la référence avec le tableau
de bord général.
Combien
avez-vous d’indicateurs dans ce tableau de bord ?
Dans le
tableau de bord général il y a 3 indicateurs qui sont :
- le
chiffre d’affaire, qui traduit la performance commerciale et
l’attractivité de nos antennes,
-
l’EBIDTA, qui est le résultat opérationnel, qui
traduit la rentabilité de nos sociétés,
-
l’audience, mesurée officiellement par Médiamétrie
et dont on retient la PDA (la part d’audience).
Les
indicateurs sont communs à tous les tableaux. Chaque critère
est développé depuis le tableau général
jusqu’au département, il n’y a pas de changement
de variable.
Dans le
tableau général, il y a le budget avec ce que l’on
appelle le portfolio, c’est le portefeuille publicitaire et
l’EBIDTA, donc le résultat opérationnel, ensuite
il y a le réalisé à la date du tableau de bord.
Ce
tableau général est à destination du groupe.
Le
détail des recettes publicitaires et des différentes
charges variables françaises se retrouve précisé
dans un document pour ces sociétés puis détaillé
dans un autre par département et ainsi de suite. C’est
pour ça que je parle de système de poupées
russes, parce que le niveau de détail le plus fin n’intéresse
pas le groupe, ni la direction des entreprises, cela concerne les
responsables de service.
J’imagine
que si un niveau a besoin d’explication, vous leur fournissez
le niveau de détail suivant ?
Tout à
fait, le document s’accompagne toujours de commentaires qui
permettent de faire le lien.
Voilà
la synthèse de ce que l’on a au niveau du groupe,
sachant que ce tableau de bord est la traduction, la synthèse
de ce qui est saisi sur un logiciel commun qui s’appelle Carat
A ces
trois critères que l’on utilise s’ajoutent 2
autres critères mais que l’on peut difficilement
utiliser en cours d’année :
- Le
ROS, return on sales, le retour sur ventes, c’est à dire
l’EBIDTA rapporté au chiffre d’affaire, ce qui
permet des comparaisons d’une société à
l’autre pour voir la rentabilité relative de sociétés.
-
La RVA, critère du groupe qui signifie Retour / Value Added,
de manière simple c’est la capacité à
générer un résultat supérieur à ce
qu’aurait rapporté le capital investi dans la société
s’il avait été investi ailleurs.
Donc
les tableaux de bord sont faits tous les mois à partir de
données comptables ?
Oui, à
partir des données qui sont disponibles dans l’ERP en
place, données comptables qui sont ensuite retraitées
en compta analytique, mais ça reste des données
comptables.
Est-ce
qu’une tendance dans un tableau de bord peut inviter à
modifier les critères dans la comptabilité
analytique ou même dans les tableaux de bord ?
Parfois,
éventuellement, mais pour les trois dernières années
je dois dire que nous sommes dans une période plutôt
stable, il n’y a pas eu de modifications profondes.
Ces
tableaux de bords vous permettent-ils ainsi de piloter votre activité
comme vous le souhaitez ?
Certainement,
ceci dit, il y a des gens qui vont aimer avoir énormément
de détail, moi je préfère avoir de grands
équilibres, donc je travaille beaucoup avec des indicateurs
qui sont extrêmement simples, peu nombreux et extrêmement
synthétiques. Globalement le document auquel je me réfère
le plus souvent est le tableau général.
Je sais
comment fonctionnent les sociétés. J’ai plein
d’informations par ailleurs, (de par l’activité de
mon service) qui me permettent de voir si on est dans le bon sens ou
non. Par exemple si mon résultat par rapport au budget ne
diminue pas à l’issue du mois d’août, je
vais me dire que l’on a un problème. Pourquoi ?
Parce que je sais très bien par les analyses budgétaires
que l’on fait par ailleurs que les Jeux Olympiques vont nous
coûter plus cher que ce que l’on a prévu au bilan.
Donc je dois logiquement m’attendre à une baisse
relative de l’avance. C’est comme ça que je
raisonne, j’ai plein d’éléments en tête
qui sont sensés influer sur le résultat.
Avec
une analyse de la cohérence en continu, les indications
données par le tableau de bord sont des points d’alarme ?
En
effet, un tableau de bord est pour moi basé sur l’activité,
c’est très personnel. J’ai une cohérence
dans ma tête, qui parfois peut être erronée parce
que j’ai oublié un élément, mais
logiquement d’après ce que je sais, je dois tomber sur
un résultat de tel ou tel ordre, mais pas à 50K euros
près. S’il y a une grosse différence c’est
qu’a priori je dois avoir un problème. Soit il y a une
information que je ne connais pas ou que j’ai oublié,
soit il y a eu un loupé. La plupart du temps c’est qu’il
y a eu un problème.
Je travaille surtout
par cohérence, par grands agrégats et cohérence
de ces agrégats par rapport à mes propres
connaissances. Je pense que cette façon de fonctionner vient
du fait que je suis un ancien auditeur et qu’il faut aller très
vite et voir tout de suite là où ça « coince ».
Cette approche prédictive ou l’on anticipe le résultat
que l’on doit avoir et on le compare à la réalité
pour voir s’il y a un problème est quelque chose que
l’on utilise énormément.
Donc,
hormis à le faire de tête, faites-vous une prévision,
un pré-tableau de bord ?
Généralement,
quinze jours avant la sortie du reporting, je travaille sur une
anticipation de ce que je devrais avoir.
Je
ne suis pas tenu de les réaliser, évidemment, ce sont
des anticipations bien sur, mais c’est là où je
place mes grands équilibres. Je collecte toutes mes
informations et je me dis : je sais qu’il va y avoir ceci
ou cela. J’ai les prévisions de chiffre d’affaire
donc logiquement je dois tomber dans telle ou telle fourchette.
Ensuite quand arrive le résultat je sais aussi que par rapport
à mes prévisions il peut y avoir des variations, par
exemple un chiffre d’affaire moins important que celui que
j’avais prévu ou que le yield m’avait communiqué.
Je sais que si je perds 100 K€ au niveau de l’entreprise,
théoriquement il va me manquer 83 K€ sur mon résultat
Groupe, parce que mécaniquement c’est ce qui doit
arriver. Donc à chaque fois j’anticipe et je fais une
prévision que je compare au réel. Et si ça
fonctionne je ne vais pas plus loin, dans le cas contraire je rentre
dans le détail. Sur toute la chaîne et parfois même
jusqu'à l’écriture, pour comprendre où est
le problème.
C’est
ma façon de travailler, mais je dirais qu’autant de
contrôleurs de gestion il y a, autant de façon de
travailler il y a …
Je peux
me permettre de faire du prédictif parce que dans le processus
normal il y a deux autres phases : la phase du budget du mois de
septembre qui est très importante et qui est pour moi une
façon de se fixer des objectifs et la phase de budget révisé,
tous les deux mois approximativement.
Ces
budgets révisés agissent après sur le tableau de
bord ?
Non,
pour moi l’objectif initial est toujours maintenu quel que soit
ce qu’on appelle le forecast ou le budget révisé.
Ce n’est qu’une indication de ce à quoi on pense
parvenir à la fin mais ça ne remet pas en cause les
objectifs pris au départ.
La
révision c’est juste pour dire au groupe et pour nous,
que l’on prévoyait tel résultat et qu’à
ce jour, pour les 2 premiers mois d’activité par
exemple, nous explosons l’objectif ou bien le manquons.
C’est
un ajustement en fait ?
Oui, le
budget révisé ne remplace pas le budget initial, ne
change pas les objectifs, mais il tient compte des éléments
qui ne pouvaient pas être connus à ce stade là et
permet d’affiner la prévision de résultat
définitif pour la fin de l’année.
Nous
sommes dans un groupe qui malgré tout reste coté. Le
Groupe a une petite partie de flottant (10%), et nous devons
donner au marché des prévisions de résultat.
De
ce fait, est-ce le budget qui influence les tableaux de bords ou
l’inverse ?
En
terme de forme et de critères retenus, c’est globalement
le budget qui influence les tableaux de bord. En fait la forme du
budget telle quelle est requise est un signe de l’information
que l’actionnaire attend.
Mon
travail est de fournir à l’actionnaire la transcription
pratique qu’il souhaite. Donc je construis mes tableaux de
bord en conséquence.
De la
même façon, la direction des sociétés ici,
est jugée par rapport à des critères de
l’actionnaire. Donc l’ensemble est cohérent, eux
suivent aussi des agrégats qui les intéressent qui sont
aussi ceux des actionnaires. Cela dit, les critères définis
par l’actionnaire l’ont été en concertation
avec nous. Il y a un consensus.
Dans
les prévisions, y a t-il une analyse stratégique à
plus ou moins long terme ?
Le
processus budgétaire porte sur les trois prochaines années :
le budget révisé de l’année en cours, plus
l’année suivante, plus ce que l’on appelle un
trend c’est à dire une tendance sur les deux années
qui suivent. Ceci donne une orientation stratégique, une sorte
de mandat de gestion. Le groupe est peu interventionniste sur les
opérations au quotidien, son impact est dans l’approbation
et l’adoption ou non de la voie suivie, la mise en pratique est
notre problème.
Quelles
sont les actions ou les moyens mis en œuvre dés lors que
les indicateurs des tableaux de bord vont annoncer une déviation
par rapport à cette stratégie ?
Tout
d’abord je considère toujours qu’il y a une marge
de manœuvre et une marge d’erreur dans un budget. Un
budget, ce n’est pas une réalité, il est
impossible de le suivre au centime près.
Il y a
deux éléments : soit la déviation porte sur
des critères dont une partie est exogène, je pense
notamment au chiffre d’affaire. Dans le cas d’une chute
de ce dernier, les actions correctives sont menées à
d’autres niveaux (direction, communication) dans la définition
de plans d’actions pour corriger le tir, par le développement
des opérations spéciales pour compenser les pertes par
ailleurs.
Ensuite
il y a des critères endogènes : parfois on se
fixe des objectifs par exemple en terme d’effectifs et il
arrive que l’on n’y soit pas, à la hausse comme à
la baisse. Les mesures correctives sont directement sous le contrôle
des Ressources Humaines. Il faut parfois dépasser
l’indicateur budget qui n’est dans ce cas qu’une
information.
Pour
les charges c’est pareil, par exemple si une émission
explose son budget « jeux » je retransmets au
service le problème sous forme d’une note de situation
qui indique que les récompenses sont supérieures au
budget estimé. La mesure corrective consiste alors en une
augmentation temporaire du niveau de difficulté du jeu qui va
diminuer le potentiel de gain, donc les charges de l’émission.
Sinon,
une autre action corrective consiste à dire que le budget est
consommé et donc épuisé.
Y en
a t-il qui viennent essayer de marchander dans ce cas ?
Tout le
temps, mais attention, je ne suis pas omnipotent. Je mets un holà,
je considère que ce n’est plus de mon ressort et je
passe la main quand ça touche à des données
éditoriales, donc que je n’ai pas mandat pour des
actions qui pourrait avoir une influence à l’antenne.
Je
m’abstiens aussi d’émettre un avis sur tous ce qui
touche aux effectifs en dehors de mon service. Je considère
qu’il n’est pas de mon ressort de me prononcer sur
l’adéquation des effectifs. Je ne veux pas être un
critère de performance des services.
Avez-vous
clairement identifié des objectifs de performance ?
Oui,
nos objectifs de performance sont clairement identifiés au
niveau financier. Performance de rentabilité, d’une
rentabilité moyenne effective par antenne, choses que l’on
a en tête et qui sont standards depuis trois ans par rapport à
ce que l’on est capable de faire. Ce sont des critères
raisonnables. De la même façon nous avons défini
nos critères de progression, indépendamment de la
rentabilité et nos critères d’audience.
Est-ce
que l’audience a un impact ?
L’impact
de l’audience est direct, mais décalé dans le
temps, d’environ six mois. C’est un constat sur les trois
dernières années.
Le
meilleur exemple que l’on puisse avoir s’est produit lors
du départ d’un grand journaliste et animateur qui a
été immédiatement suivi d’une forte chute
d’audience. Pourtant l’année 2000 à été
la meilleure année jamais faite par l’entreprise. Les
effets de cette chute d’audience n'ont été perçus
qu’en janvier et février 2001. En fait il y a, entre
autres facteurs, des contrats annuels qui vont freiner l’impact
dans le temps mais pas le réduire. Il y a un lien de cause à
effet direct entre l’audience et le chiffre d’affaire.
En général les variations sont proportionnelles en
pourcentage.
Y
a-t-il d’autres variables d’incertitude comme l’audience,
qui influencent les différents scénarios possibles ?
La
variable d’incertitude de l’audience est en fait la
versatilité des auditeurs. Sinon, le contexte économique,
l’environnement réglementaire et la croissance du marché
sont les variables d’incertitude majeures de notre activité.
De plus il y a des risques que nous ne pouvons pas prévenir,
tels que les risques sur les personnes dans le cas d’animateurs
par exemple.
Nous
essayons d’anticiper sur les risques majeurs, qui peuvent avoir
un impact fort sur l’antenne
Quelles
sont les richesses, autres que financières que possède
l’entreprise ?
La
radio est par nature un média volatile, nous n’avons pas
un catalogue comme une chaîne de télévision qui
peut avoir des films avec une valeur intrinsèque. Nos bandes
ne sont pas exploitables par d’autre, nous rediffusons très
peu, donc notre passé n’a pas une très grande
valeur comptable en revanche notre principal actif est humain, ce
sont les ressources humaines internes et particulièrement la
partie antenne et quelques ressources humaines externes,
personnalités des médias qui constituent notre
richesse.
Etes
vous certain de l’intégrité des données
qui participent à produire les tableaux de bord ?
Certain
non. Personne ne peut l'être.
Par
contre j’ai une assurance raisonnable de leur intégrité.
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